La recherche : un nouvel enjeu pour les Ecoles Supérieures d’Art
Si toute création s’appuie nécessairement sur une position de recherche, permanente et continue, de la part de l’artiste, le terme de recherche n’apparait que récemment dans le vocabulaire des Ecoles Supérieures d’Art. Et qui plus est, au détour d’une réforme qui entraine ces Ecoles dans le processus de Bologne, rendant cette recherche obligatoire. Depuis qu’il est apparu, on s’aperçoit combien tout projet dans notre environnement scolaire peut être qualifié de recherche. Les écoles, comme Monsieur Jourdain, feraient-elles de la recherche sans le savoir ? La recherche y est alors pensée comme tâche dépourvue d’obligation de résultat, ou de contingences de production, à rebours d’un monde voué à l’efficacité économique. L’Ecole d’Art comme lieu où l’on peut encore inventer le monde.
Plus que cela, l’enjeu de la recherche dans une Ecole Supérieure d’Art est son implication dans le réel, qui dépasse les objectifs de formation. C’est la contribution de l’Ecole d’Art -territoire d’utopie- à l’invention de nouvelles pratiques, à l’élaboration d’un sens nouveau, à la construction critique par l’art. La recherche se pose en actes, en opposition aux recherches universitaires, et se fonde sur la liberté que se réserve l’artiste de trouver son propre accès à un sujet. Elle se distingue de l’acte artistique proprement dit, par son implication dans le champ social et par sa dimension collective : la recherche est par définition une affaire d’équipe, comme dans les pratiques scientifiques, là où l’art est généralement affaire individuelle.
Transtopie, carrefour des utopies et des média, en déplacement d’un site à l’autre, s’est donné cette liberté d’envisager sous un angle inédit, sans contrainte ni objectif qui lui serait extérieur, la question des friches industrielles dans les Ardennes. Pourtant les enjeux sociaux, historiques, politiques et économiques de ces lieux, - le cadavre bouge encore dans son décor champêtre - sont importants. Les artistes et chercheurs de Transtopie les ont croisés, au double sens du terme : problématiques rencontrées par incidence, et tissées les unes avec les autres, dans des pratiques plastiques ou théoriques diverses. Le partenariat avec l’URCA (Reims) et le Lacth (Lille) a permis de densifier l’approche théorique. Des rencontres, dans la Région Champagne Ardenne, et sur le site de Glaires, ont donné chair et plaisir à mener ce projet. Les étudiants ont été entraînés dans cette production de sens par l’œuvre.
La présente publication et l’exposition de janvier 2010 au Château Fort de Sedan témoignent d’une première étape.
Que les Transtopiens et tous leurs partenaires, engagés ou de hasard, qui ont permis à cette recherche de se faire, soient ici chaleureusement remerciés.
Claire Peillod
Directrice ESAD de Reims